Patrick Brown joue de prudence

Le changement est-il la solution aux nombreux malheurs de l’Ontario? Le chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Patrick Brown, dit que « oui », bien sûr, et il s’offre comme celui étant apte à livrer ce changement.

Lors de la convention politique des membres du PC, le week-end dernier, le parti a dévoilé sa « Garantie aux gens », un document de 78 pages dont la couverture affiche un visage souriant de Brown et dans lequel le mot « changement » apparaît sur chaque page. Rien que dans la table des matières, le terme apparaît 14 fois, en référence aux familles, à l’hydroélectricité, au système judiciaire et aux écoles.

Cela devrait être facile à vendre. Après 14 ans de règne libéral, de nombreux électeurs estiment que la province a grandement besoin d’un redémarrage. La promesse de Wynne d’apporter « l’équité » partout – des tarifs hydroélectriques aux salaires – semble injuste pour les nombreux électeurs qui en souffriront – les contribuables dont les prix de l’électricité augmenteront dans les années à venir en raison d’un « amortissement » de la dette hydroélectrique de la province, les entrepreneurs qui feront face à des coûts de main-d’œuvre plus élevés en raison de l’augmentation du salaire minimum, les parents qui estiment que la province met les intérêts des syndicats avant ceux des étudiants.

Ajoutez à cela les problèmes éthiques qui se sont accumulés au fil des ans – scandale d’annulation des centrales électriques au gaz naturel, levées de fonds controversées, procès impliquant des aides libérales de renom – et ce n’est pas le terrain fertile qui manque pour l’opposition.

Et malgré tout cela, et l’impopularité persistante de Wynne, l’élection n’est pas gagnée d’avance pour le PC. Selon un récent sondage de Forum Research, les conservateurs sont à 36%, les libéraux à 32% et le NPD à 25%. Cela se produit alors que la popularité personnelle de Wynne continue de s’approcher du centre de la terre; elle a atteint un taux d’approbation de 12% au cours de la dernière année…

Et la performance du NPD pose également problème pour Brown. Malgré le programme clair du NPD et sa sympathique leader, Andrea Horwath, les libéraux ont tenu son parti à l’écart en se repositionnant eux-mêmes de plus en plus vers la gauche, empiétant dans les plates-bandes du NPD sur des questions comme l’assurance-médicaments, les soins aux aînés et les conditions de travail.

Alors qu’Horwath et son parti offrent une rupture nette avec les libéraux dans le dossier de l’énergie – pointant vers les initiatives de privatisation du gouvernement comme la principale cause de tous les problèmes hydroélectriques de la province –, cela ne suffira pas à faire du parti une alternative viable pour les électeurs progressistes.

Quant à Brown, sa plate-forme semble déterminée à imposer un chemin centriste vers la victoire. Alors que le chef des conservateurs fait pression sur le système de plafonnement et d’échange de carbone, il ferait en sorte que l’Ontario choisisse le « filet de sécurité » qu’offre la taxe fédérale sur le carbone. Il promet des subventions parentales pour la garde d’enfants, mais s’engage également à créer 100 000 places en garderie. Il réduirait les factures d’électricité des contribuables de 12%, mais redistribuerait la plupart de ces économies dans l’assiette fiscale générale. Il n’augmenterait pas le salaire minimum à 15 $ en 2018, mais maintiendrait le cap sur l’augmentation à 14 $ mise de l’avant par les libéraux en 2017. Il plafonnerait les frais d’assurance pour les automobilistes, stopperait les fermetures d’écoles, équilibrerait les livres et, oui, diminuerait les impôts de la classe moyenne de 22%.

Mise à part la dernière promesse, la « Garantie aux gens » s’inspire de la « Révolution du bon sens » de 1995 de Mike Harris. Dans le style, mais pas en substance. Le PC a respecté le calendrier de la Révolution de Harris : sortez tôt votre plate-forme, rattachez-la à votre leader et vendez-la agressivement. Cela est probablement destiné à contrer le fait que Brown n’est pas bien connu des électeurs : le sondage Forum Research susmentionné révèle que 50% des répondants ne savaient pas qui il est. Publiciser la plate-forme aidera sans doute à le définir, et donnera à Brown quelque chose à apporter aux portes des électeurs.

Mais la plate-forme de la Révolution du bon sens a porté fruits non seulement parce qu’elle encadrait les problèmes, mais parce que Harris l’incarnait. Ses slogans – Travailler pour son bien-être, Mettre fin à la loi sur les quotas, Réduire les impôts pour les emplois – correspondaient à la personnalité sans fioritures de Harris. L’ancien enseignant, moniteur de ski et directeur de club de golf de North Bay plaisait aux électeurs qui estimaient que le NPD et les libéraux privilégiaient les « intérêts spéciaux » (comme les bénéficiaires de l’aide sociale et les syndicats) aux dépens des contribuables ordinaires.

Peut-on dire la même chose à propos de Brown et de la « Garantie aux gens »? Peut-être – mais peut-être pas tout à fait comme le voudrait le PC. Brown est un politicien de carrière. Après un court séjour en tant qu’avocat pour la firme Magna, et un poste au conseil municipal de Barrie, il est entré dans la vie publique à temps plein en tant que député en 2006. Brown s’identifie comme un « conservateur progressiste pragmatique », ce qui, pour certains, équivaut à un « libéral diète ».

Outre le mantra des impôts peu élevés, bon nombre de ses politiques remontent à l’ère du gouvernement bienveillant de Bill Davis – une position que l’Ontario a adoptée pendant des décennies, mais qui a sans doute aussi imprégné le régime libéral actuel.

En ce sens, Brown est probablement près des idées qu’il avance, mais celles-ci ne représentent pas nécessairement un changement radical par rapport aux idées mise de l’avant par le gouvernement libéral qu’il tente de remplacer. Ainsi, quand Brown en appelle à un « changement », il ne dit pas que le gouvernement est le problème – il dit seulement que ce gouvernement l’est. Faites-moi confiance pour mieux gérer votre argent, l’électricité, les écoles, les hôpitaux et l’environnement, dit-il, et tout ira bien.

La « Garantie aux gens » n’offre pas une révolution. Seulement un changement de garde.

La version anglaise de ce texte se trouve sur le site de iPolitics.

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